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Guides et Scouts d’Europe — District des Côtes d’Armor

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Quand je serai grand je serai Garde Suisse !

Jean, ancien chef de clan de notre district a intégré la Garde Suisse Pontificale en février 2013, il nous parle de son engagement.

Parcours scolaire et scout
Parcours scolaire :

Né le 2 juin 1988, j'ai été scolarisé au collège de Merdrignac(22), puis au lycée La Mennais à Ploërmel(56). Après de 3 ans de Prépa Math Sup Math Spé à Nantes à St Stanislas, j'ai intégré l'Ecole Supérieure du Bois à Nantes pour suivre une formation d'ingénieur en Construction. Prenant une voie parallèle j'ai pu entrer sur dossier à l'ESTP à Paris qui est une école d'ingénieurs génie civil réputée en France. J'y ai obtenu mon Master II en septembre 2012, après un stage de fin d'étude de 4 mois au CongoBrazzaville comme ingénieur-stagiaire sur l'immense chantier du Port Autonome de Pointe-Noire.

Parcours scout :
  • 1996-2000 : Meute 5ème Saint Brieuc
  • 2000-2005 : Troupe 5ème Saint Brieuc (Raider)
  • 2005-2006 : Bagheera, meute 5ème Saint Brieuc et clan Saint Anne (Ille et Vilaine)
  • 2006-2007 : Assistant, troupe 5ème Saint Brieuc
  • 2007-2009 : Chef du clan Saint Colomban
Pourquoi cet engagement et ce qui l'a motivé ? Elément déclencheur ?

A l'Age de 8 ans, mes parents étaient (et sont toujours) abonnés à la Revue Famille Chrétienne. Il y avait toujours joint à l'hebdomadaire, un petit magazine réservé aux enfants dans lequel était racontés l'histoire de Grands Saints (St Louis, Ste Jeanne D'Arc, St Martin,…) et également l'histoire de l'Eglise catholique. C'est tout émerveillé par un article sur la Garde Suisse Pontificale que j'ai dit à mes parents « Je veux être Garde Suisse ! ». Chance pour moi, du sang suisse coulait dans mes veines par héritage de ma Grand-Mère Paternelle…

Mais le rêve d'un enfant ne fait pas tout. Beaucoup rêvent à huit ans d'être Pompier et n'exerceront jamais cette belle profession. Pour moi, le rêve s'est petit à petit transformé en une vérité dans mon cœur. Je n'avais pas besoin d'en parler beaucoup autour de moi, je me suis imprégné de cette idée et de ce qu'elle représentait.

Nos parents nous ont toujours transmis l'importance du don de soi. Don de soi pour les autres, mais aussi don de sa personne pour sa foi, ou encore don de soi pour sa patrie, pour "ses villes et ses plaines, ses champs et ses forêts, ses lacs et ses montagnes, ses moutons et ses sangliers, ses biches et ses truites". Jean Raspail, Le Roi au-delà de la Mer.
C'est donc par amour de ma foi catholique, de ses traditions, de mon héritage suisse que naturellement et comme beaucoup de jeunes aujourd'hui, j'ai eu le désir et le besoin d'engager humainement ma foi sur cette terre, de placer symboliquement mes mains entre les mains du descendant de Saint Pierre, Le Pape.
L'idée de l'engagement mériterait parfois d'être dépoussiérée dans nos sociétés modernes parfois un peu endormie!

C'est d'ailleurs pour cela que nous scouts avons ce petit plus de l'engagement, de la promesse sur laquelle, chaque jour, le Christ s'appuie pour travailler nos cœurs à les rendre plus saints.
Le jurement du Garde Suisse a tout de la grandeur de la promesse scoute, il est un don total à vie au service du Saint Père à l’Eglise romaine. L’idéal du chevalier, qui m'a été transmis aux scouts, Chevalier saint, protecteur, père ou moine, mettant son bras droit au service de nobles Causes, nourri mon âme et instruit mon comportement de Garde.

Ainsi c'est avec fierté et foi que j'ai prêté ce serment auprès du Nouveau Pape François le 6 Mai dernier : « Je jure de servir fidèlement, loyalement et de bonne foi, le Souverain Pontife régnant François et ses légitimes successeurs, de me dévouer pour eux de toutes mes forces, sacrifiant, si nécessaire, ma vie pour leur défense. J'assume les mêmes devoirs vis-à vis du Collège des Cardinaux durant la vacance du Siège apostolique. Je promets, en outre, au Commandant et aux autres supérieurs respect, fidélité et obéissance. Je le jure, aussi vrai que Dieu et nos Saints Patrons m'assistent. » Je me suis alors solennellement avancé, et empoignant de la main gauche le drapeau de la Garde Suisse Pontificale et dressant le pouce, l'index et le majeur de la main droite (rappelant le mythique Serment du Grütli en 1291 qui fut le fondement de la Suisse Actuelle) j'ai récité : « Moi, Hallebardier Launay, je jure d'observer loyalement et de bonne foi, tout ce qui vient de m'être lu, aussi vrai que Dieu et nos Saints Patrons m'assistent. »

Quelles sont les différentes étapes de sélection pour accéder à ce poste de prestige ?

Devenir Garde Suisse n'est pas si difficile, il faut avant tout avoir un profond désir de servir le Pape et ce qu'il représente. Il y a 9 conditions à remplir :

  • Etre de sang Suisse, c'est-à-dire avoir la nationalité suisse.
  • Etre chrétien catholique, c'est-à-dire être baptisé et confirmé
  • Etre réputé de bonnes mœurs par le prêtre de sa paroisse
  • Etre célibataire
  • Avoir au moins le BAC ou un apprentissage
  • Avoir entre 19 et 30ans
  • Faire plus de 1m74
  • Avoir fait le service militaire en Suisse
  • Vouloir s'engager pour au minimum 2 ans.

Une fois que ces conditions sont remplies vous pouvez présenter votre candidature. Après une première sélection dans une entreprise de recrutement en Suisse, qui consiste à un entretien de personnalité, d'ambition et aussi de QI, j'ai été envoyé à Lucerne où j'ai eu un entretien très simple et très vrai avec le Chapelain de la Garde et le Commandant. Ce n'est pas un entretien d'embauche comme nous pouvons avoir l'habitude de faire, où l'on doit essayer de se vendre en quelque sorte. Non, à Lucerne, le Commandant et le Chapelain souhaitent avant tout savoir si votre engagement est profond, et si vous vous engagez en pleine connaissance des devoirs et des obligations de Garde Suisse. La Garde est un corps militaire, corps militaire engagé auprès du Pape, cela oblige à mettre de côté ses désirs personnels, sa famille, sa future femme et à s'engager corps et âme pour la Cause !

L'arrivée à la garde commence par 5 semaines d'école de recrue. Nous apprenons à nous repérer dans la cité du Vatican, à connaitre les personnes importantes. Nous avons aussi des cours d'italien, ou bien de self-défense, de tirs ou des exercices de maniement de la Hallebarde, de marche au pas, etc. Et bien sûr, le chapelain de la garde suisse nous accompagne spirituellement et nous enseigne la catéchèse de l'église catholique et romaine. Toutes ces formations ne s'arrêtent pas avec l'entrée en service actif. Elles continuent sur un rythme moins soutenu sur nos temps libres.

Quel a été ton ressenti après tes premières semaines au Vatican ?

Quelle fut notre surprise, lorsqu'encore dans le premier mois de formation des recrues, Benoît XVI démissionna ! Nous étions venus pour lui, pour le servir et voilà que nous allions vivre un conclave historique ! C'était exaltant !
L'hommage de la Garde suisse pour le Pape Benoît XVI rendu dans la cours du Palais Apostolique fût un moment d'une grande émotion ! Diffusé dans le monde entier, le piquet d'Honneur de la garde Suisse donna à ce départ de la solennité et de la majesté… Benoît XVI se retirait laissant à l'Eglise catholique et romaine un grand héritage de foi ! La Garde était là pour l'en remercier ! Ses écrits sont d'une grande justesse et facile à lire. J'invite tout le monde à lire au moins une encyclique de ce Pape finalement peu connu, et dont les médias bien souvent déformé ses propos. Ainsi, chacun se fera son propre jugement de ce très grand Pape !

« HABEMUS PAPAM ! »…De mon poste de Garde je ne peux voir le Balcon qui donne sur la Place St Pierre où le nouveau Pape apparait pour la première fois au monde entier et je n'ai entendu que l'immense clameur de la foule compacte sur la Place lorsqu'elle entend ces mots et lorsque le Pape s'avance au balcon. C'était extraordinaire! Tous nous nous regardions silencieux mais exaltés par ce moment historique, personnellement j'étais en poste à côté de sa voiture. Quelle fût ma surprise lorsque le Pape monta prestement dans le bus avec les autres cardinaux, le préférant à la belle berline qui l'attendait. Le ton est donné… « Comme je voudrais une Église pauvre, pour les pauvres. » dira-t-il quelques jours plus tard.

Ainsi mes journées ont été et sont toujours d'une grande intensité. Je ne regrette rien. Bien sûr, la vie militaire à ses obligations, ses côtés difficiles, bien sûr l'éloignement avec ses proches n'est pas toujours facile à vivre. Mais c'est cela s'engager ; faire un choix et l'assumer ! Les contraintes n'ont alors plus d'importances par rapport à l'honneur et la joie d'être ici, plus encore, on acquiert un sentiment de liberté qui rend heureux.
Le service vous offre la possibilité d'évoluer dans le palais apostolique du XVIème siècle, souvent seul en silence, parfois la nuit. Notre société bien souvent fuit le silence et la solitude, ici c'est notre quotidien. Nous nous y redécouvrons, nos apprenons ce que vie intérieure veut dire. Cette expérience aussi mérite d'être vécue.
A contrario, nous pouvons être à une entrée du Vatican où la foule des touristes s'y pressent, vous devez alors jongler avec 3 ou 4 langues pour orienter, conseiller, saluer les milliers de touristes, de prêtres ou d'évêques qui viennent chaque jour.

Peux-tu nous décrire une journée type ? Une première anecdote peut-être ?

La sécurité du Vatican est assurée 24/24h et 7/7j, il y a donc un roulement mis en place. Ainsi une journée type pourrait être celle-ci :
4h30 le réveil sonne, un peu endormi je prends ma douche, me rase comme chaque matin et pars petit déjeuner. Le ventre plein, les yeux plus ouverts, je prends le temps d'enfiler l'uniforme inspiré des dessins du XVIème siècle de Michel-Ange. Cela prend 10 à 15min. Tout doit être parfait, les chaussures cirées, l'épée et la boucle de ceinture en cuivre polies, le col et les manches blancs immaculés. Je me rappelle quelques fois en souriant les réveils difficiles aux aurores durant mes camps, où je devais enfiler juste un short bon grès mal grès, les yeux à peine ouverts ; je trouvais cela si dur !!
Le service de la garde se réparti en 5 missions. Protéger le Pape et sa résidence, garder les entrées du Vatican, Protéger le Pape lors de ses voyages apostoliques, assurer le service d'ordre et d'honneur et enfin assurer la protection du collège des cardinaux pendant la vacance du siège apostolique. Ainsi, je suis amené à travailler à une entrée du Vatican, il faut contrôler chaque matin les 2 ou 3 milles personnes qui entrent dans l'état pour travailler, pour aller faire leur course, retirer de l'argent, passer un examen médical, retirer des médicaments à la pharmacie. Chaque camion de livraison et questionné et orienté. Vient ensuite le service d'honneur, je suis sentinelle sur la place Saint Pierre, parfois plus d'une heure sans bouger avec la hallebarde. Des milliers de touristes vous prennent en photos. J'observe le monde entier passer devant mes yeux… Enfin, la journée se termine dans le palais apostolique, ici vous êtes prêt du Saint Père et de la secrétairerie d'état (les ministères) chaque personnes et contrôlées voir accompagnées. On ne peut transiger avec la sécurité.
Les journées ou demi-journées sans service ne sont jamais vraiment libres, nous sommes dits « de réserve ». Nous assurons le service d'honneur si le Pape reçoit un Ambassadeur par exemple. Il faut accueillir l'invité avec les honneurs dû à sa charge. L'ambassadeur est escorté par une garde d'honneur dans le palais. Si celui-ci est catholique et qu'il le désir, comme le veut le protocole, il est escorté jusque dans la Basilique Saint Pierre pour y faire une prière.
La soirée est déjà là après un dîner copieux à la cantine de la garde, servit par des religieuses souriantes venues de Pologne. Peut-être irais-je courir un peu, ou bien simplement sortirons-nous à une dizaine pour boire une bière et rencontrer des italiens ou des touristes du monde entier. C'est aussi ça Rome !

Un dernier commentaire…

Toi jeune garçon (fille) qui peut-être n'a pas encore fait ta promesse, toi Scout aguerri, saches qu'aujourd'hui nous avons facilement tout tout de suite, la recherche du plaisir instantané est devenue un objectif. Je veux, je prends, je n'aime plus, je jette. Malheureusement, Cela ne rend pas heureux. On finit par jeter de plus en plus souvent comme si plus rien ne pouvait nous combler.
L'engagement dans une Cause, comme la Garde Suisse Pontificale, comme le scoutisme, si elle est juste et bonne, comble le cœur, l'anoblit ! Mais l'engagement nécessite patience, devoir, obligation, courage, et c'est lorsque l'on accepte tout cela de son propre choix que l'on devient libre et heureux…tels sont les fruits du jurement de Garde et de la promesse scoute. Alors soyons engagés et fidèles ! Acriter et Fideliter !

En savoir plus sur la Garde Suisse Pontificale :

www.swissguard.va

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